Les lymphocytes T comme moteurs de l’inflammation dans la maladie d’Alzheimer

Isabelle Lafont

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Les lymphocytes T comme moteurs de l'inflammation dans la maladie d'Alzheimer

Des chercheurs de la Faculté de médecine de Mannheim à l’Université de Heidelberg et du Centre allemand de recherche sur le cancer ont acquis de nouvelles connaissances sur le rôle du système immunitaire dans la maladie d’Alzheimer. L’étude, publiée dans la revue Nature Communications, montre que non seulement les cellules immunitaires innées mais également les cellules T spécialisées jouent un rôle central dans le maintien des processus inflammatoires dans le cerveau malade.

Les dépôts de la protéine amyloïde bêta sont considérés comme une caractéristique centrale de la maladie d’Alzheimer. Jusqu’à présent, les recherches se sont principalement concentrées sur les cellules dites microgliales, des cellules immunitaires du cerveau qui réagissent précocement à ces dépôts. Les travaux actuels montrent désormais que ce qui se passe change à mesure que la maladie progresse : à mesure que la maladie progresse, les lymphocytes T deviennent de plus en plus le centre de la réaction immunitaire.

«Nous avons pu observer que certaines cellules T tueuses – des cellules immunitaires qui reconnaissent les cellules corporelles infectées ou pathologiquement altérées – s’accumulent spécifiquement à proximité des plaques amyloïdes», explique le professeur Dr. Luke Bunse, chef de projet. « Ces cellules présentent un modèle d’activation spécifique contrôlé par ce qu’on appelle les interférons de type I. »

Réponse immunitaire ciblée dans le cerveau

À l’aide d’analyses unicellulaires de pointe, les chercheurs ont examiné le paysage immunitaire dans le cerveau de modèles de souris atteints d’une maladie de type Alzheimer. Ils ont identifié un sous-groupe spécial de cellules T qui produisent des substances de signalisation inflammatoires. La molécule CXCL10, appelée chimiokine, un messager chimique qui cible spécifiquement les cellules immunitaires et les attire vers le site de l’inflammation, est particulièrement importante. À mesure que ces cellules immunitaires libèrent à leur tour des protéines de signalisation, une sorte de réaction en chaîne peut se produire, augmentant ainsi la réaction inflammatoire locale.

Ces mécanismes ont également été démontrés dans des tissus cérébraux humains présentant des dépôts amyloïdes. Cela suggère que les résultats sont très pertinents pour les maladies humaines.

Changement dynamique de l’inflammation

L’une des principales conclusions de l’étude est que les forces motrices de l’inflammation changent à mesure que la maladie progresse : alors que les cellules microgliales dominent dans les premiers stades, les lymphocytes T prennent ensuite de plus en plus le contrôle de la réaction immunitaire. Ce changement temporel pourrait être crucial pour le développement de nouvelles thérapies.

« Nos données suggèrent que les thérapies devraient être mieux adaptées qu’auparavant à l’évolution de la maladie », explique Bunse. « Le moment où la réaction immunitaire intervient pourrait être crucial », ajoute Julius Michel, doctorant et, avec Khwab Sanghvi, premier auteur de l’étude.

Isabelle Lafont

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